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Le Musée de l’innocence

Il s’agit du roman « Le Musée de l’innocence » (« Masumiyet Müzesi ») de M. Orhan Pamuk, écrivain turc pour lequel le centre du monde est Istanbul, non seulement parce qu’il y a passé toute sa vie, mais aussi parce que toute sa vie il en a raconté les recoins les plus intimes.

Le Musée de l'innocence (Masumiyet Müzesi en turc) est un roman de l'écrivain turc

Orhan Pamuk, publié en 2008 à Istanbul.

Collection de mégots de cigarettes

Un manuscrit de Orhan Pamuk

Les clefs ... d'Istanbul

Une des salles du musée

Une robe dans une vitrine


Cette œuvre du lauréat du prix Nobel de littérature 2006 est traduite en français par

Valérie Gay-Aksoy en 2011 aux éditions Gallimard.

Nous sommes en 1975. Kemal, un jeune homme d’une trentaine d’années s’apprête à épouser Sibel, issue comme lui de la bonne bourgeoisie stanbouliote, quand il rencontre Füsun, une parente éloignée, vendeuse dans une boutique de luxe. Il tombe amoureux de la jeune fille. Sous prétexte de lui donner des cours de mathématiques, Kemal retrouve Füsun tous les jours dans l’appartement vide de sa mère, tout en poursuivant sa liaison avec Sibel.

Après les fiançailles célébrées en grande pompe entre Sibel et Kemal, Füsun disparaît. Kemal rend alors visite à sa famille et emporte une simple réglette ayant appartenu à Füsun : ce sera la première pièce du musée qu’il consacrera à son amour disparu. Puis, il avoue tout à Sibel et rompt les fiançailles. Quelque temps après, Kemal retrouve la trace de Füsun, mariée à son ami d’enfance Feridun et rêvant de faire du cinéma. Kemal ira jusqu’à fonder une société de production pour aider le jeune couple. Sous ce prétexte, il dîne très régulièrement chez eux, emportant à chaque fois un objet touché par Füsun pour le placer dans son musée. De 1976 à 1984, les mégots de cigarettes qui ont jalonné l’histoire de Füsun et Kemal.

Quelques années passent, et Füsun décide de divorcer afin d’épouser Kemal. Mais un accident de la route aura raison de leur projet de mariage : Füsun se tue au volant de sa Chevrolet de rêve.

Il devient ainsi « l’anthropologue de son propre vécu ». Il a « le désir insatiable de vivre et de revivre ces moments de volupté et l’accoutumance à ces plaisirs sont assurément le carburant essentiel de [son] récit ». Avec une finesse psychologique rare, Orhan Pamuk suit l’itinéraire de cet homme fou d’amour, qui découvre que la seule chose qui lui importe dans la vie, c’est d’aimer une femme, quitte à ne pas être aimé en retour comme il pense le mériter. Mais comme tout bon amoureux qui se respecte, il garde espoir.

Le lecteur est d’autant plus subjugué que Füsun n’est pas qu’un objet de désir, c’est aussi une femme qui saura, le moment venu, rompre avec les principes d’une société pour mieux s’affirmer. Parfois, certains mots peuvent être paraître exagérés, mais il ne l’est pas de dire que

Le musée de l’innocence est un chef d’œuvre. Kemal rachète alors son appartement et demande à l’écrivain Orhan Pamuk d'écrire leur histoire d’amour… Le musée de l’innocence est un grand roman nostalgique sur le désir et l’absence, une nouvelle preuve de l’immense talent de l’écrivain turc.

L'auteur dévoile aussi dans ce roman certains aspects de la vie de la société stambouliote dans les années 1970-1980, l'écart entre l'importance des traditions et les aspirations modernistes tournées vers l'Europe et y mêle des références aux évènements historiques ayant bousculé la Turquie au cours de cette période qualifiée de tristesse. Elle était causée par le fait d’être des rejetons d’un ancien Empire, les Stambouliotes préféraient faire table rase du passé. Ils arrachaient des pierres aux murailles et aux vénérables édifices afin de s’en servir pour leurs propres constructions. Détruire, brûler, ériger à la place un immeuble occidental et moderne était leur manière d’oublier, un peu comme un amant qui, pour effacer le souvenir douloureux d’une ancienne maîtresse, se débarrasse en hâte des vêtements, des bijoux, des photographies et des meubles. Au bout du compte, ce traitement de choc et ces destructions par le feu ne faisaient qu’accroître le sentiment de tristesse, en lui ajoutant le ton du désespoir et de la misère. « L’effort d’occidentalisation », dit M. Pamuk

Évidemment, cette folle obsession lui procure tout un butin, qui raconte non seulement Füsun mais aussi l’Istanbul de la seconde moitié du XXe siècle et la quête identitaire des Turcs, tiraillés entre Europe et Anatolie.

Dans ce musée, MR Pamuk, à travers les photos et les objets d’époque récupérés chez des antiquaires ou de sa maison, nous raconte les changements socio-culturels de son pays.

Ce roman, est le reflet de cette évolution de la société coincée entre les deux cultures.

C’est aussi une auto critique de sa vie sociale et personnelle.

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